Tarifs douaniers et entreprises canadiennes : comment gérer les coûts, les chaînes d’approvisionnement et les investissements 

11/09/2026

Pour les entreprises canadiennes actives dans le commerce transfrontalier, les tarifs douaniers sont rapidement devenus un enjeu majeur, tant sur le plan des coûts que de laplanification. 

La plus récente escalade ajoute une nouvelle couche de complexité. En août 2026, le gouvernement du Canada a annoncé de nouveaux contre-tarifs ainsi qu’un ensemble de mesures nouvelles et bonifiées totalisant 7,5 milliards de dollars pour soutenir les entreprises et les travailleurs canadiens touchés par les tarifs américains et les doits de douane imposés par le Canada en réponse. Ces mesures comprennent notamment plusieurs milliards de dollars en financement, en prêts et en soutien à la liquidité des entreprises. 

Pour les fabricants, importateurs, exportateurs et autres entreprises canadiennes touchées, les répercussionsdépassent désormais largement la seule évolution des taux tarifaires. Elles peuvent affecter les coûts, les chaînes d’approvisionnement, les décisions d’investissement et leur compétitivité. Dans ce contexte, une réponse coordonnée et stratégique devient de plus en plus essentielle. 

Comprendre son exposition actuelle aux tarifs douaniers 

L’un des principaux défis auxquels les entreprises sont confrontées aujourd’hui consiste à déterminer précisément comment les tarifs s’appliquent à leurs produits et à leurs chaînes d’approvisionnement. 

De récentes discussions avec des entreprises canadiennes ont fait ressortir une difficulté récurrente : l’évaluation de l’exposition aux droits de douane exige désormais de prendre en compte plusieurs paramètres et niveaux d’analyse. Les entreprises doivent tenir compte du classement tarifaire du produit, de son pays d’origine, des mesures commerciales applicables ainsi que desexclusions ou décrets de remise dont l’entreprise peut bénéficier. 

Il est donc important de commencer par revoir les pratiques douanières existantes. 

Les entreprises doivent d’abord vérifier le classement tarifaire de leurs marchandises et s’assurer que leur pays d’origine a été correctement déterminé. Le pays depuis lequel un produit est expédié n’est pas nécessairement son pays d’origine, une distinction qui peut avoir une incidence importante lorsque des droits de douane américains ou canadiens s’appliquent. 

Les entreprises doivent également vérifier la valeur en douane utilisée pour calculer les droits applicables. Selon les circonstances, certains frais peuvent être exclues de cette valeur, ce qui peut ansi réduire le montant sur lequel les tarifs sont calculés. 

Une fois ces facteurs ont été examinés, une entreprise  peut évaluer son exposition tarifaire globale et déterminer les mécanismes d’allègement auxquels elle pourrait avoir accès, notamment les décrets de remise, les drawbacks de droits et d’autres dispositifs permettant de réduire ou de récupérer certains droits de douane. Il s’agit d’un des principaux leviers que nos spécialistes des douanes chez Ryan Canada recommandent actuellement aux entreprises. 

 L’objectif consiste à mesurer précisément l’incidence actuelle et potentielle des tarifs sur les coûts de l’entreprise afin de mieux orienter ses principales décisions opérationnelles et d’investissement. Cette démarche peut notamment inclure la réévaluation de l’origine attribuée aux marchandises, l’examen de structures alternatives de chaîne d’approvisionnement susceptibles d’offrir un traitement tarifaire plus avantageux, ainsi que l’identification des exclusions, des programmes d’allègement et d’autres possibilités susceptibles de réduire les droits applicables. Les options envisageables varient selon la nature des marchandises et les modalités propres à chaque transaction. Elles permettent néanmoins aux entreprises d’aller au-delà de la simple estimation des droits de douane et d’adopter une approche structurée de gestion du risque tarifaire. 

Élaborer une stratégie de réponse aux tarifs douaniers 

Le financement gouvernemental peut faire partie intégrante d’une stratégie visant à atténuer les répercussions tarifaires. Les demandes de financement sont généralement plus solides lorsqu’elles appuient un projet que l’entreprise envisageaient déjà de réaliser pour des raisons stratégiques clairement établies, 

Plutôt que de se demander : À quels programmes de financement liés aux tarifs pouvons-nous présenter une demande?, les entreprises peuvent commencer par évaluer leur situation de façon plus générale et se poser les questions suivantes : 

  • Quelle est notre exposition réelle aux tarifs ? 
  • Dans quelle mesure pouvons-nous réduire ou compenser une partie des coûts qui en découlent ? 
  • Quels maillons de notre chaîne d’approvisionnement sont les plus vulnérables ? 
  • Quels investissements permettraient de renforcer notre compétitivité ? 
  • Une fois le projet défini, quels programmes de financement pourraient en soutenir la réalisation ? 

Cette approche est d’autant plus importante que les conditions tarifaires continuent d’évoluer et obligent les organisations à adapter leurs stratégies à ces changements.  Attendre que toutes les incertitudes soient levées dans un contexte aussi imprévisible pourrait nuire à cette planification à long terme. 

Les plus récentes contre-mesures canadiennes doivent entrer en vigueur le 8 septembre 2026. Des tarifs de 15 %, 25 % et 50 % s’appliqueront à certains produits américains représentant environ 27,6 milliards de dollars d’importations

Les entreprises canadiennes doivent continuellement composer avec l’incertitude entourant les futurs taux tarifaires, les exclusions, les négociations et les politiques commerciales. Au cours de récentes discussions, le sentiment dominant au sein des entreprises reflétait cette imprévisibilité et les préoccupations quant aux prochains changements possibles. 

Les tarifs douaniers ont-ils une incidence sur les chaînes d’approvisionnement canadiennes? 

Pour de nombreuses entreprises canadiennes, particulièrement les fabricants, les pressions tarifaires actuelles soulèvent une question plus large : les modèles de chaîne d’approvisionnement existants sont-ils toujours viables sur le plan financier? 

Le secteur manufacturier nord-américain s’est développé autour de chaînes d’approvisionnement fortement intégrées. Dans certains cas, des composantes traversent plusieurs fois la frontière canado-américaine au fil des différentes étapes de production. Ce modèle devient plus coûteux lorsque de nouveaux droits s’appliquent à des étapes que les entreprises considéraient auparavant comme relativement exemptes de friction. 

Les entreprises canadiennes pourraient donc devoir revoir l’origine de leurs produits et matériaux, l’emplacement de leurs activités de production et les marchés qu’elles desservent. 

Les réponses possibles peuvent comprendre le rapatriement d’une plus grande part de la production au Canada, l’approvisionnement dans d’autres marchés, l’investissement dans l’automatisation pour compenser la hausse des coûts, le renforcement des chaînes d’approvisionnement nationales ou l’expansion vers de nouveaux marchés internationaux afin de réduire la dépendance envers les clients américains. 

La bonne approche variera selon l’entreprise. Toutefois, les organisations devraient comprendre leur exposition douanière avant de décider quels investissements majeurs sont susceptibles de générer le meilleur rendement. 

Financement canadien pour aider les entreprises à s’adapter 

Une fois qu’une entreprise a déterminé les changements qu’elle doit apporter, le financement gouvernemental peut contribuer à soutenir la mise en œuvre des priorités stratégiques de l’entreprise. 

En août 2026, le gouvernement fédéral a annoncé un ensemble de nouvelles mesures tarifaires totalisant 7,5 milliards de dollars, destinées notamment aux entreprises confrontées à des perturbations commerciales, à des contraintes de liquidités, à des besoins d’investissement en immobilisations et à à des enjeux de diversification. 

Parmi ces mesures figurent un soutien accru par l’intermédiaire de l’Initiative régionale de réponse tarifaire (IRRT), le nouveau Fonds canadien de diversification économique, du financement additionnel offert par la Banque de développement du Canada (BDC) ainsi qu’une plus grande souplesse dans l’application de la Facilité de prêt pour les grandes entreprises touchées par les tarifs

Comme indiqué précédemment, les entreprises ont avantage à commencer par définir le projet qu’elles doivent réaliser. Celui-ci peut viser l’acquisition de nouveaux équipements, l’automatisation des activités, l’augmentation de la capacité de production, l’adaptation de la chaîne d’approvisionnement, l’’amélioreration de la productivité ou le développement de nouveaux marchés. Le financement gouvernemental canadien peut ensuite être évalué à titre de levier au sein de la stratégie de financement pour en soutenir la réalisation. 

Envisager la RS&DE pour les projets axés sur l’innovation 

Les pressions tarifaires peuvent également inciter les entreprises canadiennes à développer de nouveaux produits, à améliorer leurs procédés de fabrication ou à mettre à l’essai de nouvelles technologies pour adapter leurs activités.  

Lorsque ces travaux comportent une incertitude scientifique ou technologique et reposent sur un processus systématique d’expérimentation ou d’analyse, ils peuvent être admissibles au programme canadien d’encouragements fiscaux pour la recherche scientifique et le développement expérimental (RS&DE). Les travaux admissibles peuvent comprendre le développement expérimental ainsi que certaines activités d’ingénierie, d’essai, de programmation et d’autres activités qui appuient directement un projet de RS&DE. 

La RS&DE peut également être combinée au financement gouvernemental. Le fait de recevoir une autre forme d’aide gouvernementale ne rend pas automatiquement les activités de recherche et développement (R-D) inadmissibles au crédit d’impôt pour la RS&DE. Les entreprises doivent toutefois tenir compte  de cette aide lorsqu’elles préparent leurs demandes de RS&DE. 

Pour les entreprises qui investissent dans la R-D dans le cadre d’une réponse plus globale aux pressions tarifaires, envisager la RS&DE parallèlement aux subventions et aux autres incitatifs peut contribuer à bâtir une stratégie de financement plus complète. 

Transformer les pressions tarifaires en stratégie d’affaires résiliente 

Les entreprises canadiennes disposent de plusieurs formes de soutien pour les aider à faire face aux répercussions de l’imposition de nouveaux tarifs ou de hausses tarifaires. 

Une stratégie tarifaire globale peut permettre de repérer des occasions de réduire les coûts immédiats liés aux droits de douane. L’examen de la chaîne d’approvisionnement et des investissements peut ensuite faire ressortir des moyens de réduire l’exposition future. Le financement gouvernemental et le crédit d’impôt pour la RS&DE peuvent alors aider les entreprises à mettre en œuvre ces changements. 

Pour les entreprises canadiennes qui prévoient investir dans l’équipement, l’automatisation, la productivité, la capacité manufacturière au Canada, la résilience des chaînes d’approvisionnement ou la diversification des marchés au cours des 12 à 24 prochains mois, les mesures de soutien offertes dans le cadre de la réponse fédérale bonifiée justifient un réexamen de ces projets. 

Les équipes des douanes et de financement gouvernemental de Ryan Canada peuvent aider les entreprises canadiennes à évaluer leur exposition tarifaire, à repérer des possibilités de réduction des coûts, à examiner leurs investissements prévus et à déterminer si les programmes de financement gouvernemental offerts correspondent à leurs projets. 

Dans un environnement commercial en constante évolution, une compréhension complète de ces différents facteurs peut aider les entreprises à prendre des décisions plus éclairées quant aux prochaines étapes.